Dimanche 17 Janvier. Le tirage au sort nous a réservé une belle surprise: un défi de taille à La Bruffière, charmante bourgade vendéenne, à mi-chemin entre Tiffauges et Saint-Hilaire-de-Loulay, sur la route de la Boissière-de-Montaigu depuis Treize-Septiers. Enfin, je crois.

Les locaux du club ont de quoi nous rendre jaloux. Une salle de jeu qui leur appartient, au sein d’un édifice de pierre dominant le quartier, vue sur la prairie. Celle-ci est ornée de portraits, des plus grands joueurs d’échecs modernes, notamment tous les champions du Monde. Il nous faudrait alors être à la hauteur des Tal, Fischer, Carlsen et autre Berthelot pour l’emporter aujourd’hui.

Quel ne fut alors pas notre surprise de découvrir l’un d’entre eux face à nous. Yannick, champion du monde officieux au sein de la commune, a promis une revanche cinglante suite à la défaite de son équipe en finale de la Coupe des Pays de la Loire 2015. La cigale chante à en perdre la voix, jusqu’au déclenchement des pendules.

Echiquier de L’Erdre La Bruffière
Duboué Peio 2372 Delaunay Sébastien 2366
Hutois Mickaël 2253 Berthelot Yannick 2292
Picard Rémi 2079 Le Pen Steven 1933
Le Goff Ronan 2299 Sim Sylvain 2311

Au premier échiquier, Peio s’entête encore et toujours dans une ligne biscornue de la française l’orientant vers des roques opposés. Si l’intention est louable, le contenu l’est beaucoup moins. S’emparant de la colonne e, Delaunay gigote soigneusement et positionne idéalement ses pièces pour empêcher notre homme de progresser.

A quelques pieds de là, Mickaël nous prouve encore sons sens du non-esthétisme dans un gambit écossais cher au capitaine adverse. Une poubelle pour certains, une déchetterie pour les marseillais et une partie qu’il «gagnerait même contre un 2600» pour Berthelot. Pour Mika lui, c’est une position jouable, car malgré une structure ragoûtante, le fou noir de case blanche semble être au moins l’égal de son hétérologue à crinière.

S’il a pris bon nombres de photos avant la partie, Rémi ne gardera probablement pas un très beau souvenir de sa sicilienne du jour. Des pièces mal cadrées, un objectif dur à atteindre et un roi resté en e8 au bord de la contre-plongée. J’ai bien peur alors que notre cher ami se fasse refaire le portrait sans compte à rebours. En d’autres termes, l’attaque unilatérale des blancs sur son roi resté à quai n’augure rien de bon.

«C’est Ronan votre buteur ?» avait raillé ce cher Yannick avant le début des hostilités. C’est vrai qu’il manque un peu de physique, qu’il ne court pas très vite et que sa technique balle au pied n’a pas son pareil en 5ème division de district. Par contre, lorsqu’il s’agit de marquer devant l’échiquier, notre comparse a déjà prouvé son adresse en inscrivant le but décisif de notre victoire l’an passée. Aujourd’hui encore, une ouverture tranquille face à un adversaire plus dangereux tactiquement que positionnellement laisse présager une fin sans risque.

Rémi est le premier à craquer table 3, bien trop entassé dans sa défense, subissant le joug tactique ennemi dans ce type de position, 0-1. Ronan, après avoir cassé les reins de la structure ennemie, se sert allégrement des pions adverses et vient égaliser, le doigt devant la bouche, 1-1.

Retour vers le fou-tour table 2, où Mickaël semble avoir renversé la situation face au couple cavalier-tour de son adversaire malgré son pion en moins. Son artillerie sur la seconde rangée, abreuvée par l’évêque rayonnant en d5 mettent à mal le roi adverse. A son bord, Peio a misé sur son compagnon et a échangé de nombreuses pièces pour assurer une nulle. La suite lui donna raison.

Mickaël conclut finalement en beauté une partie hideusement maîtrisée, au grand dam de son opposant, qui se trouva fort dépourvu, quand la poignée de main fut venue, 2-1.

Et la cigale rouspéta,
Voyant Peio répéter,
La position par trois fois.
Vous chantiez? J’en suis fort aise :
Et bien! Dansez maintenant.

2-1.